Une histoire d'eau et de pierre par Philippe Causse

La région des « garrigues », depuis toujours habitée, est une région par nature « sèche ». L’homme, éleveur-agriculteur, s’est installé là où se trouve la terre cultivable.

L’eau, indispensable à la vie des hommes, de leurs cultures et de leurs animaux, est souvent rare.

Si les villages ne se trouvent pas près de sources ou de rivières, il faut la « domestiquer », soit aller la chercher en sous-sol (puits) soit récupérer les eaux de pluies et dans les deux cas on doit la stocker (citernes ou réservoirs). Fontanès, comme son nom l’indique, est un lieu où l’on trouve de l’eau. L’eau n’est pas très profonde, soit environ -1m dans le vieux village, d’ailleurs aucune maison n’y dispose de cave en sous-sol...

Vous en avez peut-être un chez-vous, vous en avez certainement vu plusieurs dans le village... Il y a, sur la commune de Fontanès, 32 puits recensés !, ils sont soit toujours en activité soit condamnés ou bouchés. Un puits (toujours écrit avec un s) est une construction ayant pour but de puiser de l'eau dans une nappe souterraine, et de la rapporter en surface.

Il existe plusieurs types de puits, on peut les classer selon leur ancienneté, la technique de construction et leurs propriétaires, privés ou publics (4 puits sont communaux). 

À Fontanès, «Tirer» de l'eau se faisait de plusieurs manières:

Par la force d’une personne : La plus simple, un récipient (en général un seau) est descendu au fond du puits et remonté avec une corde tirée directement ou avec une poulie.  Plus récente et plus avancée, on actionne une pompe à bras ou à roue. Un piston coulisse dans un cylindre réalisant une dé-pression l’eau est « aspirée ». C’est la technique utilisée à Fontanès pour presque tous les puits.

Les plus anciens sont les puits « simples », une galerie verticale bâtie en pierres dont la largeur est en général juste suffisante au constructeur (le Puisatier) pour le creuser. Ils ont une margelle souvent couverte d’une dalle dans laquelle est fixée une poulie.
Les plus récents sont en pierre de taille, avec une pompe à bras actionnée par un levier ou une roue. Ils sont construits sur un réservoir voûté ayant une plus grande capacité de stockage, pour un usage domestique ou agricole. Deux de ces puits sont communaux.

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Par la force d’un animal : La « noria » (mot d’origine arabe) ou plutôt
« roue persane » désigne une machine hydraulique permettant d'élever l'eau en utilisant l'énergie produite par un animal, afin d’arroser des cultures. L’animal (âne ou mulet) tourne autour d’un axe et mets en mouvement une chaîne sans fin s'enveloppant sur un tambour et sur laquelle est attachée une série de récipients qui puisent l'eau et la versent, à la partie supérieure, dans un réservoir en pierre, puis elle s’écoule dans un système de canalisations et de canaux d’irrigation.

Il existait à Fontanès une noria (encore visible, mais incomplète) sur le domaine de la famille RICOME.  L’été, les puits servaient aussi à garder « au frais » les boissons des familles ou du Café... quelquefois le seau se renversait, des bouteilles sont encore au fond de certains d’entre eux... 

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À ces 25 puits dans le vieux village, il faut en rajouter 7 autres :

• Deux puits dans les vignes, au sud, sous les bergeries (Jasses) du Mas de Jons.
• Un puits (bouché) sur la route entre le village et Laroque, sur la D109E4. • Un autre sur le Domaine de Laroque, peut-être deux ?
• Un dans le « Jardin de Fontanès » route D109E4 dite de la Vieille.
• Un au n°2, Ancien Chemin d’Anduze, route départementale D109.
• Un dans les futurs (et anciens) jardins communaux partagés, noté « Fontaine » sur le « Plan de la Commune de Fontanès » daté du 20 Thermidor de l’An 11 (8 août 1803).

L’eau potable manquant l’été, le conseil municipal, en date du 18 février 1894, sous la présidence de Joseph ICARD, maire, projette le creusement d’un puits communal (1200 francs, subventionné par le département pour 200 fr). Ce puits se situe dans l’impasse dit « du Puits » (voir carte postale ci-contre).

Le 19 octobre 1904, toujours sous la municipalité de Joseph ICARD, un autre projet de creusement d’un puits communal plus grand, à côté d’un an-cien, dont margelle et linteau sont encore visibles (dit Puits Mira-baud) dans la rue du même nom, voit le jour (achevé en novembre 1905, pour un montant de 1250 fr, subvention de 625 fr). D’après René CAMMAL « Raconte-moi FONTANES ».