Les Gentilshommes Verriers

La tradition veut qu’au retour de la septième Croisade en 1254, Louis IX (Saint Louis) accorda le droit d’exercer l’Art et Science de Verrerie à des nobles ruinés au cours de cette longue expédition. Ces nobles avaient appris les techniques du soufflage du verre au contact des arabes, passés maîtres dans la fabrication de verre. C’est en effet sur leurs terres que le verre est né au second millénaire avant notre ère.
Les rois succédant à Saint Louis réglementèrent l’exercice de la verrerie. Plus tard, le roi Philippe le Bel (1285-1314) entérina le droit d’exercer cette activité sans déroger. Ils avaient le droit d’exercer cette profession sans pour autant perdre leurs privilèges. Ils avaient le titre d’Ecuyer du Roi, portaient l’épée et le drapeau brodé et possédaient des chiens de chasse.
En 1445, les verriers du Languedoc se voient attribuer certains privilèges par Charles VII (1422-1461). La charte de Sommières réglemente l’apprentissage du métier et précise que « nul ne doit exhiber l’art de verrerie s’il n’est pas noble et procréé de noble génération et de généalogie de verriers ». Cela peut expliquer que seules quelques grandes familles étaient détentrices des secrets de fabrication et pouvaient travailler le verre. Cette pratique durera jusqu’à la disparition des verreries à la fin du XVIIIème siècle.
A Sommières, ville royale de Louis IX (1248), se tenait le Capitaine du Roi, Viguier et Gouverneur de la ville et viguerie de Sommières. Il avait qualité de juge conservateur des statuts et privilèges des gentilshommes exerçant l’art et science de verrerie dans la province de Languedoc, Haute et Basse Guyenne et Conté de Foi. Commissaire général né, seul vérificateur de leurs titre de noblesse, il avait pouvoir de réunir les syndics représentant les gentilshommes des cinq départements de sa juridiction, et leur syndic-général.

Sur un causse aride et inhospitalier
A la suite des grands défrichements du Moyen-Âge, une mosaïque de parcelles cultivables remplace la forêt. La population de Causse s’organise en petits villages et hameaux. Après la Grande Peste Noire de I348, une partie des terres sont désertées et redeviennent friches. Le buis, puis le chêne réapparaissent et la forêt se développe à nouveau.
Ces richesses naturelles qui avaient déjà attiré les verriers dès la fin du XIIIème siècle seront exploitées au cours des cinq siècles suivants. Les gentilshommes verriers souffleront le verre dans cette région dès la fin du XIIIème siècle jusqu’au le lendemain de la Révolution.
De nombreuses verreries ont été inventoriées sur le Causse, vaste plateau calcaire délimité au sud par les falaises de I’Hortus, au nord par la plaine de Pompignan, à l’ouest par le bassin de Londres et à l’est par les falaises de Claret et de Valfaunès. Une activité verrière va donc s’implanter sur cet espace et sur les communes alentours.

La disparition des verreries
Les causes de la disparition des verreries sont multiples.
L’exploitation massive des bois de chêne, par les bûcherons, les charbonniers, les chaufourniers et les verriers va faire réagir, dès 1744, l’Administration des Forêts. Elle impose de sévères restrictions sur les coupes de bois et oblige les verriers à se déplacer vers l’Aigoual, région plus boisée mais inhospitalière. Les verreries subiront également la concurrence de la manufacture royale d’Hérépian et des autres verreries installées près des bassins miniers cévenols.
Les verreries du causse de l’Hortus ont été les dernières verreries du département à utiliser le
bois (à l’exception de la verrerie de Moussans qui s’arrêtera vers 1883 après avoir tenté au cours
des dix dernières années d’employer le charbon comme combustible).
Au lendemain de la Révolution Française, elles disparaissent avec la fin des privilèges des gentilshommes verriers voté au cours de la nuit du 4 août 1789.
Notons à la fin du XVIIème siècle, la découverte en Angleterre du cristal qui va révolutionner la création et la production verrière de l’Europe entière.

(D’après les fiches “Le Chemin des Verriers en Pays d’Orthus”, indisponible)

No items found
Office de Tourisme du Grand Pic Saint-Loup